Pourquoi raconter des histoires ?

On pourrait croire que raconter des contes est uniquement bon pour les enfants, mais aussi, dans le prolongement, pour les adultes… non ? Et si je vous démontrais le contraire ?


Les raisons de raconter, de lire des contes sont nombreuses et les effets provoqués ultérieurement sont non mesurables, au-delà du plaisir du moment partagé, de la complicité. C’est au-delà de ce qui est conscient et de l’instant. Non, je n’irai pas vous parler tout de suite de l’inconscient mais juste de pourquoi il est bon de raconter des contes et de les écouter.



Le conte aide l’enfant à grandir, à devenir l’Homme qu’il sera, demain. Qu’est-ce qui fait qu’un enfant va vous demander inlassablement de vous relire la même histoire ? Quel est son plaisir alors que le même enfant est curieux, ouvert au monde ? C’est une des multiples facettes de la magie du conte.


Ainsi, Bruno Bettelheim – psychiatre, écrit dans son ouvrage « Psychanalyse des contes de fées » : « Raconter un conte de fées, exprimer toutes les images qu'il contient, c'est un peu semer des graines dans l'esprit de l'enfant. Certaines commenceront tout de suite à faire leur travail dans le conscient ; d'autres stimuleront des processus dans l'inconscient. D'autres encore vont rester longtemps en sommeil jusqu'à ce que l'esprit de l'enfant ait atteint un stade favorable à leur germination, et d'autres ne prendront jamais racine. »


À l’image de Jack et le haricot magique, comme les branches du haricot, le conte s’étend en ignorant les frontières de la culture, du temps et de l’espace. C’est un voyage inépuisable. 


Pour Philippe Delaroche du magazine « Lire », le conte est « un double vestibule, où se scellent le lien avec la parole et le lien avec l'écrit."


Il existe donc différentes raisons.



Tout d’abord, l’importance de l’oralité dans le conte :


Mettre des mots sur les choses, utiliser la parole pour décrire, nommer des choses, des événements, des émotions. La puissance des mots. Mettre un mot sur une peur, une angoisse, sur une joie intense, sur une émotion même primaire ou primitive, c’est la repérer et la mettre à distance. C’est un garde-fou contre un passage à l’acte chez l’enfant. L’expression d’une émotion peut ensuite éviter l’agression physique de l’autre, celui qui est l’objet de sa colère.



Le conte a cette vertu qu’il permet à l’enfant l’apprentissage de la langue dans laquelle il est raconté. L’enfant écoute, en parle, parle de ce qu’il vient d’écouter. 


A travers le conte, la construction de la personnalité de l’enfant se fait.


Jacques Salomé, psychosociologue et écrivain français, a écrit des recueils de contes : « Contes pour grandir de l’intérieur », » Contes à aimer, contes à s’aimer ». C’est une approche symbolique par le conte, la métaphore, qui existent pour entendre les langages du corps, pour  « parler à l’inconscient » de celui qui les écoute, de déclencher une véritable alchimie apaisante et réparatrice. 


Les contes sont un moyen de « s’auto-réparer ». Vers 6 ou 7 ans, une période de latence intervient chez l’enfant et succède aux crises du plus jeune enfant. Ainsi, l’enfant a intégré des interdits et devient plus silencieux. Les parents, l’entourage, peuvent se méprendre sur le sens de cette sagesse qui ne signifie pas la disparition, la fin des angoisses. 



La chronologie des peurs chez l’enfant et l’adolescent


Il existe une « chronologie des peurs » mise en évidence par Robert Pelsser – psychologue et psychothérapeute en 1989 dans « Manuel de psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent ».


Quelles sont ces peurs ? « De 6 à 18 mois: Peur de l'étranger, de l'abandon, de l'obscurité, de l'inconnu, de la solitude, des objets, des personnes et des endroits non familiers. De 2-3 ans à 6-7 ans: Peur de rester seul dans le noir, d'être pourchassé, mordu, dévoré, peur de la nuit, des zones obscures, des personnages fantastiques, des gros animaux et des petits animaux. 

Peur des éléments naturels (eau, feu, tonnerre, éclairs), des hauteurs et du vide (vertige), de personnes particulières (médecin, dentiste, étranger, barbu), des espaces vastes ou réduits, de la ville (circulation, bruit, accident), de la saleté, des microbes, de la maladie et de la mort. De 6-7 ans à 12 ans: Peur de l'école, des relations à autrui, des sports, des accidents, de la violence physique, de l'enlèvement, de la mort des parents, de l'incendie de la maison, de la mort. De 12 à 18 ans: Peur de l'école, des relations avec l'autre sexe, des activités sexuelles, de la laideur ou de la difformité physique, de l'échec scolaire, de parler en public.


Le conte nourrit l’enfant de sa magie en lui donnant les clés pour apprivoiser ses peurs archaïques et grandir. 



L’importance de la transmission


Les contes sont trans-générationnels, ils sont transmis à l’enfant mais aussi bien avant lui et bien après lui. L’enfant peut sentir, ressentir tout cela quand l’adulte lui raconte un conte. Il fait alors partie d’un tout, d’un grand ensemble, celui de l’Humanité.



L’identification aux personnages


L’enfant peut s’identifier aux personnages à travers la lecture des contes. Il développe ainsi son estime de soi et sa personnalité́. Cette identification signifie un investissement affectif important. 

En s’identifiant au héros, l’enfant peut réaliser qu’il peut lui aussi faire face aux difficultés. La projection en tant que héros, aide l’enfant à se sentir rassuré dans son appréhension au monde extérieur. 


Selon René Diatkine – psychiatre et psychanalyste,  l’enfant « peut aussi bien reconnaitre chez un personnage sympathique une référence plus ou moins allusive à un aspect de son idéal du moi, qu’être soulagé parce qu’il repère chez un personnage antipathique une mauvaise partie de lui-même, dont il peut se débarrasser dans un jeu qui ne dure que l’instant d’un conte». 


L’enfant peut ainsi vaincre sa peur, grandir avec plus de maturité. Il peut aussi modifier de manière positive le jugement qu'il porte sur lui. Le conte favorise le développement de l’estime de soi.







La magie du conte


L’enfant « câline ... les jolis objets qu’il aime », « il frappe la porte ... parce qu’il est certain qu’elle a fait exprès de se refermer, par pure méchanceté. » - Ruth Benedict – anthropologue et biographe.

Ainsi, « Les mythes donnent des réponses précises ... les contes de fées ne font que suggérer … Les contes de fées laissent l’imagination de l’enfant décider si et comment il peut s’appliquer à lui-même ce que révèle l’histoire sur la vie et sur la nature humaine. » - Bruno Bettelheim

Comme l'a montré Piaget, la pensée de l'enfant reste animiste jusqu'à l'âge de la puberté. Ses parents et son entourage lui disent que les choses ne peuvent ni ressentir ni agir; il fait semblant de le croire, par rapport à son entourage et pour ne pas être tourné en ridicule.

"Les enfants ont besoin de l'appui de la magie pour pouvoir affronter la vie", écrit Bruno Bettelheim dans son livre "Pour être des parents acceptables".


Pour grandir, l’enfant a constamment recours à l’imaginaire.


L’art de tisser des liens


C’est un objet de socialisation. Il permet « le vivre ensemble ». Le conteur tisse un lien avec ceux qui écoutent parce que, d’une part, c'est de la mémoire collective et d'autre part parce qu'à côté du conteur quelqu'un réagit comme lui, à l'écoute de l'histoire. 


Edith Montelle – ethnologue et conteuse, indique, dans son ouvrage "Paroles Conteuses" : "Le Conte est convivial. A l'écoute d'un conte, l'auditeur n'est pas seul pour affronter ces situations terribles : il est entouré de ses amis et il s'aperçoit qu'ils ont aussi peur que lui. Il sent donc que ses angoisses sont normales et qu'elles peuvent être maîtrisées."


Le conte transmet de génération en génération des messages, des valeurs, une culture partagée. C’est un objet de transmission. 



L’art de mettre de l’ordre


Le monde est parfois chaotique pour l'enfant et lui procure une sensation d’incompréhension. Du moins c'est ce qu'il perçoit. Ainsi, les événements peuvent lui apparaître isolés, non reliés entre eux. Cela explique les angoisses de l'enfant face à des événements, des situations qui peuvent paraître anodins.


Relier les choses, les arranger va lui permettre de mieux comprendre et d'apprivoiser son monde aussi bien interne qu’externe. L’enfant ne se sent pas seul, il est sorti de son égocentrisme.

C’est une magie sans fin…


Le conte vient du passé et pourtant, son effet est toujours sans aucun conteste. Il sait parler à nos interrogations intérieures, à apaiser nos angoisses profondes et à stimuler notre imaginaire. 


Alors pourquoi se priver que nous soyons petits ou grands….


FacilitationS

Emmanuelle Bottreau

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Rennes - Nouvoitou - Fougères