Croissance post-traumatique : pourquoi cette pandémie peut-elle nous changer ?

Confinement, déconfinement, reconfinement mais différent. Tout ceci nous pousse à nous adapter face à une situation inédite, jamais vécue précédemment, avec peine ou sans peine, avec ou sans souffrances, avec ou sans peurs. La sidération d’abord m’est venue face à ce que nous avons tous vécu les premières semaines du confinement en mars, avec ce monde à l’arrêt, mais aussi un repli sur soi-même, puis la résilience.


Il y a donc la résilience, phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement traumatique et à se reconstruire d'une façon socialement acceptable – développé par Boris Cyrulnik à la fin des années 90… et …


C’est quoi la croissance post-traumatique ?


Le concept de croissance post-traumatique est différent, il désigne son aptitude à dépasser ses anciennes limites et montre tous les changements psychologiques positifs qui apparaissent à la suite d’une exposition à un traumatisme majeur. Ce modèle postule qu’il est possible de ressortir grandi, et donc plus fort, à la suite d’un événement de vie particulièrement négatif.


La résilience amène à revenir à un état antérieur suite à un drame et à le regarder, le considérer différemment.


La croissance post-traumatique le dépasse avec des bénéfices qui peuvent être une meilleure capacité à profiter de la vie, un souhait profond d’aller vers les autres, le sentiment d’être plus fort.e pour surmonter les obstacles, les épreuves.


Steven Joseph, psychologue, met en évidence ce phénomène avec le drame du naufrage d’un ferry le 06 mars 1987, provoquant la mort de 193 personnes. Suite à la catastrophe, les 300 survivants ont souffert de symptômes de stress post-traumatiques (avec des crises d’angoisse, cauchemars, détachement émotionnel, ..). Mais ce qui s’est passé ensuite est surprenant et va plus loin que la résilience. Ainsi, 43% des personnes survivantes ont déclaré, à postériori, que leur vision de la vie a changé et en mieux. Ils apprécient plus ce qu’ils vivent. C’est une des premières études qui met en évidence la croissance post-traumatique. Les expériences traumatisantes peuvent avoir un effet bénéfique, à long terme, sur les personnes qui ont vécu cela avec une nouvelle force intérieure, plus de confiance en soi. Ainsi, Richard Tedeschi et Laurence Calhoun mettent en évidence un niveau de conscience plus profond après l’expérience traumatique.


Avant la croissance post-traumatique, il y a la transformation. La personne peut subir un changement « d’identité » = c’est comme si une personne différente habitait dans le même corps avec plus de compassion, d’empathie, de nouvelles valeurs.

Dans son livre « le Saut », Steve Taylor, maître de conférences en psychologie, explique que « de nombreuses personnes sont en mesure de repérer un instant précis où cette transformation a eu lieu ».

Il s’agit du moment où elles sont passées dans une attitude d’acceptation de ce qui s’est passé.






Et si nous évoquons les groupes, les communautés ?


La croissance et la transformation post-traumatiques peuvent avoir lieu chez un individu voire même chez des groupes d’individus. Quand une crise survient au sein d’un groupe ou d’une communauté, les gens peuvent se connecter davantage les uns aux autres, avoir des buts communs, contrastant ainsi avec une sorte d’individualisme. Il n’y a pas d’études qui aient été faites sur les groupes.

Néanmoins, Steven Joseph a constaté qu’après une attaque terroriste à Manchester ayant fait 23 victimes, les personnes se parlaient, allaient s’aider, estompant les frontières entre les différentes communautés ethniques.



Et avec ce que nous vivons en ce moment face au Covid-19 ?


La croissance post-traumatique pourrait être au RDV. Malgré les masques, la distanciation physique, une solidarité s’est mise en place lors du premier confinement. Ce virus nous rappelle que nous sommes une seule et même espèce biologique et que face à lui, il n’y a pas plus de religion, de nationalité, d’ethnicité ou de catégories sociales. Nous sommes tous face à ce virus. Nous faisons partie d’un même tout, d’un même ensemble et si dans un premier temps, la peur nous a fait nous replier, pour certains, sur nous-même… le besoin de se développer, le besoin d’accomplissement surgit également comme une force antagoniste.


La pyramide des besoins


Le psychologue Abraham Maslow a établi une hiérarchie des besoins humains, selon un axe vertical, en partant des plus basiques, ceux physiologiques et de sécurité (motivés par un déficit de satisfaction, par un manque) vers ceux de croissance (l’estime de soi, le fait de se réaliser, l’amour). Il indique que les besoins de croissance relèvent d’une logique différente, de ceux basiques, au lieu d’être dirigés par la peur, l’anxiété. Ainsi, Robert Wright, journaliste et auteur, indique dans son livre « Le Bouddhisme a raison » que « le cerveau humain s’est conformé par sélection naturelle de telle façon qu’il nous trompe souvent, voire nous asservit ».



Néanmoins, Abraham Maslow estime que tout un chacun est capable de se réaliser peut être en faisant appel à de la stabilité pour la poursuite d’un objectif face à la distraction et à la perturbation, ainsi qu’à de l’adaptabilité.


Ainsi, les besoins de sécurité peuvent être antagonistes avec ceux d’autoréalisation.


Le psychologue Kennon Sheldon a mené des expériences en montrant que lorsque de l’autonomie est donnée à un individu, celui-ci a progressivement tendance, au fur et à mesure que le temps passe, à choisir la croissance.




Et maintenant ?


La Co-vid a plongé, depuis de nombreux mois, de nombreuses personnes dans un état d’insécurité et d’anxiété. De telles conditions sont de nature à empêcher, à amoindrir la tendance à l’autoréalisation.


Comme l’a écrit Abraham Maslow, « on peut choisir de revenir vers la sécurité ou d’avancer vers la croissance. La croissance doit être choisie encore et encore ; la peur doit être surmontée encore et encore ».

Néanmoins, on ne peut pas encore savoir dans quelle mesure la crise sanitaire vécue est traumatisante pour les personnes.


En France, différentes études sont actuellement en cours pour évaluer justement ces troubles post-traumatiques. Ce qui est important, c’est la perception de chacun, la perception subjective. De nombreuses personnes pourront être touchées, mais pour celles touchées, elles pourront sortir grandies.



FacilitationS

Emmanuelle Bottreau

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Rennes - Nouvoitou - Fougères